"J’ai le sentiment du devoir accompli" : après 49 ans de mandat, cette maire d’un petit village referme la porte de la mairie

Paulette Laborde

Article rédigé par Pierre Cornu
Publié le 20/03/2026

L'essentiel Élue depuis 1977, et maire de Francescas depuis 2014, Paulette Laborde va quitter la mairie ce vendredi soir, après un demi-siècle de dévotion et d’engagement pour son village.

C’est une page qui se tourne à Francescas. Même un chapitre qui va se clore lorsque, ce soir, Paulette Laborde, après avoir accueilli sa successeure, Joannie Carrère, et les nouveaux élus franciscains, va refermer derrière elle la porte bleue de la mairie. Discrètement. "Je vais m’éclipser". L’épilogue d’un demi-siècle de mandat et d’action municipale pour cette figure de l’Albret, qui laisse tout sauf indifférents ceux qui la rencontrent. "Vous connaissez Paulette ? Ah Paulette…", avait ainsi souri l’acteur Vincent Lindon lors de l’inauguration du cinéma de Nérac.

Tout a commencé en 1977. Un beau jour, Daniel Cabaup, adjoint de Raymond Soucaret, vient "chercher" la jeune agricultrice de 23 ans pour lui proposer de rentrer dans la liste du futur sénateur aux élections municipales. Elle, pourtant fille d’un opposant aux dernières élections. "C’était la méthode Soucaret. Aller chercher des forces vives dans le camp d’en face", en sourit 49 ans plus tard Paulette Laborde.
"Je n’ai jamais voulu être maire"

Au contact de ce ponte de la politique locale, la jeune basketteuse – qui s’est investie "mais sur le tard" dans la vie de son village – apprend les rouages de la gestion d’une mairie. "Les premiers mandats, on découvre. Surtout quand on est jeune et quand on sait comment travaillait M. Soucaret. Il décidait beaucoup. On proposait des choses, puis huit ou neuf jours après, il arrivait avec. Il fallait que ça vienne de lui. J’avais compris comment ça marchait. Mais ça n’empêchait pas qu’on se heurte parfois !"

Conseillère, adjointe, première adjointe… Au fil des mandats, la Franciscaine a grimpé les échelons. En 2008, Raymond Soucaret a proposé à Paulette Laborde de reprendre le flambeau. Refus. "Ce n’est pas mon truc d’être sur le devant de la scène." Elle changera néanmoins d’avis six ans plus tard. "Il était très malade. Pour lui faire plaisir, j’ai dit oui. Ça n’aurait tenu qu’à moi, rester première adjointe suffisait amplement."

Elle a pourtant pris ce rôle à bras-le-corps, portant la voix de son village à l’intercommunalité, prolongeant l’œuvre de son prédécesseur. Un cancer en 2017 ne l’a pas freinée. "J’ai fait toutes les réunions avec ma poche de chimio." Sa plus belle réalisation en tant que maire ? "L’installation d’un médecin de 40 ans dans le village."
"Je me sens soulagée aujourd’hui"

Mais au fil des années, l’usure du temps a fait son œuvre. "Physiquement d’abord. Je ne peux plus conduire la nuit pour aller aux réunions. J’en ai marre d’être assistée." Un dernier mandat compliqué ensuite, avec la démission de quatre élus. "Et depuis le Covid, c’est chacun pour soi, tout de suite." Une lassitude s’est installée. "Je n’ai pas envie de dire que c’était le mandat de trop. Mais la décision d’arrêter a été facile à prendre. Je me sens soulagée aujourd’hui. Et il faut laisser la place aux jeunes."

En se retournant sur ses 49 ans de mairie, Paulette Laborde exprime son sentiment : "Pas de fierté. Plus le sentiment du devoir accompli. Même si tout n’a pas été réalisé et que ça a été très dur niveau finances. Que voulez-vous que les gens me reprochent ? On a tout à Francescas. D’ailleurs, nous avons toujours été bien élus."

Libérée de ses obligations municipales, la septuagénaire va pouvoir s’aérer l’esprit et penser un peu plus à elle. "Je vais pouvoir retourner dans les associations où je n’avais plus le temps d’aller. Et voir mes amis, à Nérac ou à Saint-Pé." Une retraite bien méritée !
Un caractère bien trempé mais franc

Lorsqu’on évoque Paulette Laborde avec un tiers, sa personnalité entière apparaît très vite dans la conversation. "J’ai un très, très fort caractère, je le sais, concède la Franciscaine. Il est pour beaucoup dans ce dernier mandat difficile. Mais je ne dis pas ce que je pense par-derrière. Souvent ça choque. Mais c’est impossible pour moi de faire autrement."

Derrière la façade brut de pomme de la Franciscaine, se cache pourtant une personnalité plus fine. Une femme qui s’est imposée dans un milieu masculin, sans chercher la gloriole. Une femme qui sait "dire son mot" et se battre pour ses convictions, mais qui se révèle beaucoup plus pudique sur sa vie privée et ses sentiments.

Victime, avec sa maman, d’une terrible séquestration en 2008, avec des violences, elle avait pourtant surpris à la barre du tribunal en ne chargeant pas outre mesure ses agresseurs. "On n’était pas mortes. J’essaye de prendre le positif de la vie."