Pelet-Narbonne et Narbonne-Pelet (XL).


Notre collaborateur Alfred Sage réclame mon intervention, pour éclaircir la parenté des Narbonne-Pelet de l'illustre famille, avec les Narbonne-Pelet
du Bordelais. Moi-même, je demandais des renseignements dans le n° du 20 mai 1898.
Je ne crois pas que Mlle Félicie de Narbonne-Pelet, fille de Michel-Claude-Raymond de Narbonne-Pelet et de Thermidor-Thérésa Tallien, appartienne à la famille bordelaise, pas plus que le général lieutenant von Pelet-Narbonne, dont parle H. T. Ils doivent être des parents de Théodoric, duc de Narbonne-Pelet, né en 1814, fils de François-Aymeric, duc deNarbonne Pelet, et de Stéphanie Gassot de la Vienne. Il serait intéressant d'établir, jusqu'à nos jours, la filiation de cette maison, qui prétend remonter aux premiers vicomtes de Narbonne, vivant au Xe siècle. Il y avait une demoiselle de Narbonne-Pelet, fort belle, qui est représentée dans le tableau de "la Pudeur", peint par S. Lattainville, et qui servit de modèle, pour la tête, à la statue de Velléda, par Maindron, qui est au Luxembourg, et que Louise Collet a tant illustrée.
Madame Dubarry raconte dans ses Mémoires.tome III p.181, que la comtesse de Narbonne-Pelet, dame d'atour de la princesse Adélaïde, femme d'esprit, remarquable par son dévouement, accoucha, un beau matin, d'un petit prince dont elle n'était pas la mère, et cela afin d'obliger une grande princesse qui ne pouvait accoucher ette-meme, puisqu'elle était demoiselle. La duchesse d'Abrantès (Voir ses Mémoires, tome XI) parle souvent du comte Louis de Narbonne-Pelet.
L'histoire des Pelet (ou plutot Pellet) de Bordeaux est fort curieuse; i! y a peu de familles qui aient fait aussi rapidement une grande fortune, qui soient arrivées aussi vite au XIIe siècle, à Pontrieu, près Milhau, un modeste bourgeois nommé Etienne Pellet, ses deux fils, Jean et Pierre, vinrent se fixer à Bordeaux.
Pierre, le second, mourut assez jeune; sa veuve, Suzanne de Nairac, se qualifiait marquise de Pouy, comtesse de Lasserre, dame de Roquetaure, Belmont, Lizardes, Saint-Orens, Francescas; elle eut deux filles, l'ainée épousa, par contrat du 20 juillet 1752, Jacques de Sorbier de Jaure, seigneur de Lespinasse, elle hérita de ses parents, de 850.000 livres; la seconde épousa, par contrat du 31 juillet 1754,
J.-J. Digeon, seigneur de Monteton; avantagée, elle hérita de 1.700.000 livres.
Jean Pellet, le fils ainé d'Etienne, acheta la charge de secrétaire du roi, se qualifia écuyer, comte de Talemont, baron d'Anglade, seigneur du Breuil, Malevirade,Yson Taujan, Saint-Sulpice, Ferreire, Le Boisset, Lamotte-Gassies et autres places. La vanité des deux frères n'était pas satisfaite;
ils voulurent se rattacher à l'illustre famille de Narbonne-Pelet et supprimèrent une L de leur nom, ce qui fit dire à M. de Tartaty, conseiller au parlement de Bordeaux, qu'ils avaient pris leur vol si haut qu'ils en avaient perdu une aile.
Le vicomte de Narbonne-Pelet, chef de la famille, s'émut de ces prétentions, et, par sentence des requêtes du palais, du 18 mars 1746, il obligea les sieurs Pellet à reprendre leur nom et à ne pas porter ses armes. Un long procès s'ensuivit. Jean Pellet produisit des titres qui le faisaient descendre de Jean Pelet, seigneur de Méjanès, frère cadet de Louis Pelet, seigneur de Bourbas, auteur du vicomte de Narbonne-Pelet;
cette filiation était prouvée par des testaments et des contrats de mariage. Etaient-ils authentiques ? Bref, une partie de la famille de Narbonne-Pelet reconnut, comme parents, Jean et Pierre Pellet; maison voit, dans un mémoire qui est déposé aux Archives départementales de la Gironde, qu'un de ceux qui reconnaissaient cette communauté d'origine en 1945, réclamait au moins 1ooo écus pour chacun des 33 aïeux communs.
Je ne sais pas quelle fut l'issue du procès, mais, non seulement les Pellet de Bordeaux continuèrent à écrire leur nom avec une seule L, mais encore le firent précéder du nom de Narbonne qui se transmit à leurs descendants. Jean Pellet se maria deux fois.

Du premier lit, il eut:
1° Jean Jacques, conseiller au Parlement, marié en 1741, à Anne de Majance de Camiran, dont madame de Tasques et madame Daurée de Prades;
2° Jacques, qui suit. Du second lit:
3° Silvestre-Auguste marié à Marie de Morin, dont a) François, b) Henri, capitaine, mort en 1874 (l'avis de décès porte Henri de Narbonne-Pelet); et c) madame Estèbe;
4° Dominique-Henri; 5° Madame J. B. de Morin.

Jacques de Narbonne-Pelet (ainsi nommé dans son acte de mariage,) épousa, en 1754, Thérèse de Louppes, dont
1° Jacques-Alexandre, qui suit;
2° Jean-Joseph-Louis-Maximilien de Narbonne-Pelet d'Anglade (sic dans son acte de mariage) père de François. Louis-Ado!phe, né en 1813;
3° Madame Antoine de Vassal-Cadillac; 4° Madame Joseph de Pichon-Longueville.

Jacques-Alexandre eut Hippolyte-Alexandre Pelet d'Anglade surnommé Narbonne, dont Hippolyte-Jacques, né à Bordeaux le 24 février 1844, mort il y a peu d'années, laissant des enfants.

Une famille Pelet de Lautrec, descendant, je crois, d'un frère d'Etienne, le marchand de Pontrieu, a quelquefois aussi fait précéder son nom de celui de Narbonne. Elle est encore représentée.
P. M